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Groupes de travail

Argumentaire pour les ministres

Rencontre ministérielle du Groupe de travail sur la diversité culturelle et la mondialisation - GTDC&M du Réseau international sur la politique culturelle (RIPC)

Paris, les 5 et 6 février 2003

POURQUOI LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT-ELLE SE DOTER D'UNE CONVENTION MONDIALE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE ?

QU'EST-CE QUE LA DIVERSITÉ CULTURELLE ?

La diversité culturelle est la possibilité pour chaque culture de produire et de diffuser des œuvres, quelle que soit leur nature, et d'offrir également un accès aux œuvres du plus grand nombre possible d'autres cultures. La diversité culturelle implique d'une part la préservation et la promotion des cultures existantes, d'autre part l'ouverture aux autres cultures.

A ce titre, la diversité culturelle est un des piliers du développement durable, elle concerne l'identité même des personnes et des sociétés, la démocratie comme expression de la liberté et l'accès des citoyens aux créations, notamment celles issues de leur pays ou de leur région. Elle crée les conditions nécessaires pour un dialogue entre les différentes cultures et permet ainsi l'enrichissement mutuel des cultures. Le respect de la diversité culturelle et des civilisations contribue également à la promotion d'une culture de la paix. C'est pourquoi les œuvres culturelles et audiovisuelles ne sont pas des marchandises comme les autres.

DIVERSITÉ CULTURELLE ET MONDIALISATION : DES ENJEUX PRESSANTS

Malgré les immenses promesses dont elle est riche, la mondialisation menace la diversité. En effet, la mondialisation de l'économie permet le développement des échanges internationaux et l'abaissement des coûts de production, qui ont un effet positif sur la vitalité et le dialogue des cultures. En particulier, les produits culturels prennent une place croissante dans la création de richesses et d'emplois dans le monde. L'élargissement des marchés ouvre des perspectives de débouchés pour les créateurs de toutes origines et le progrès des technologies de l'information et de la communication constituent une chance pour l'ensemble des cultures et des langues, notamment minoritaires.

Cependant, le développement et la libéralisation des échanges internationaux, conjointement avec la convergence des technologies de l'information et de la communication, provoquent la concentration des industries culturelles et l'apparition d'entreprises dominantes. Ces évolutions constituent une menace d'uniformisation des cultures et de marginalisation des créateurs. Dans ce contexte, il est urgent d'assurer la préservation de la diversité culturelle, en tant que source de créativité et facteur de cohésion sociale et de développement économique. Les politiques de soutien et de promotion culturelle doivent assurer que toutes les cultures aient la possibilité de faire entendre leurs voix et opinions dans le contexte de la mondialisation.

Le défi que représentent la préservation et l'encouragement de la diversité culturelle pour les États et les gouvernements rend essentielle leur capacité d'établir et mettre en œuvre librement leurs politiques culturelles et audiovisuelles. Or, cette liberté est remise en question par les règles de l'OMC dont les accords ne mentionnent pas une quelconque reconnaissance juridique de la spécificité culturelle des services culturels et audiovisuels qui accorderait un traitement adapté à ce secteur dans le processus de libéralisation progressive prévu par l'accord.

Dans le cadre des négociations en cours à l'OMC concernant le commerce des services, certains États membres demandent aux autres de libéraliser les échanges en prenant des engagements obligatoires en matière de services culturels, incluant les services audiovisuels. Ces engagements pourraient priver les États de la capacité de préserver et de promouvoir la diversité culturelle au moyen de politiques appropriées. Étant donné les particularités que présentent les services culturels et l'absence d'un accord entre les États membres de l'OMC sur le traitement particulier à donner aux biens et services culturels, de nombreux États membres choisiront de ne pas offrir d'engagements obligatoires de l'AGCS en ce qui concerne leurs mesures en matière de politiques culturelles.

Dans le nouveau contexte de mondialisation, la capacité des États à conserver et à développer des politiques culturelles efficaces pourrait profiter de la coopération, la transparence et la prévisibilité accrues qu'apporterait une convention obligatoire. Les droits et obligations définis dans cette nouvelle convention devraient tenir compte des particularités propres aux services culturels et audiovisuels d'une manière que les accords actuels de l'OMC ne font pas.

Par conséquent, la priorité doit être donnée à la mise en place d'une gouvernance internationale associant les instances ou enceintes internationales légitimes et au premier rang d'elles, l'UNESCO. Une Convention mondiale sur la diversité culturelle doit faire reconnaître le droit des États à développer et soutenir les politiques en faveur de la diversité culturelle. Cette Convention devrait établir des règles claires qui permettraient aux États d'adopter des politiques en faveur de la diversité culturelle tout en respectant les règles commerciales internationales et de concilier ainsi les objectifs des politiques culturelles et commerciales.

QUE DEVRAIT CONTENIR CETTE CONVENTION?

Une telle Convention devrait concrétiser les droits et devoirs des États en matière de diversité culturelle :

  • Affirmation du droit des États à soutenir la création par des politiques volontaristes et des actions appropriées ;
  • Reconnaissance du rôle légitime des États de préserver et de promouvoir la diversité culturelle par le développement et la mise en œuvre de politiques culturelles à tous les niveaux, tout en assurant une ouverture aux autres cultures ;
  • Affirmation du caractère exceptionnel des biens et services culturels, qui ne sont pas des biens et services comme les autres et dont la spécificité doit être respectée ;
  • Reconnaissance de la nécessité du dialogue des cultures pour promouvoir la paix à l'échelle mondiale.

Cette Convention devrait également reconnaître la situation particulière des pays en développement qui nécessite une attention soutenue si l'on veut renforcer leur capacité dans le domaine du développement culturel.

A Lucerne, du 24 au 26 septembre 2001, les Ministres du Réseau international sur la politique culturelle en sont arrivés à la conclusion que cette Convention devrait contenir des dispositions normatives. Il s'agit en effet de donner force de loi aux principes de la Déclaration de l'UNESCO sur la diversité culturelle.

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POURQUOI L'UNESCO DOIT-ELLE PRENDRE LA RESPONSABILITÉ DE CETTE CONVENTION ?

La seule organisation universelle et légitime pour traiter de la diversité culturelle

Vocation universelle : l'UNESCO, forte à ce jour de 190 États membres, est à même d'assurer le plus grand nombre d'adhésions à la future convention. Les États seront d'autant plus enclins à ratifier le texte qu'ils auront participé, dès l'origine, à son élaboration. C'est pourquoi le RIPC doit présenter le projet d'instrument comme une base de travail pour une négociation à venir.

Le retour annoncé des États-Unis à l'UNESCO lève par ailleurs la principale objection au choix de cette organisation.

Légitimité politique : l'UNESCO est l'organisation des Nations-Unies en charge de la culture, au sens le plus large du terme. La diversité culturelle est inscrite au cœur même de son acte constitutif qui affirme à la fin de l'article premier que l'Organisation est "soucieuse d'assurer aux États membres[…]l'indépendance, l'intégrité et la féconde diversité de leurs cultures".

Légitimité en matière de diversité culturelle : la question de la diversité culturelle est traitée à l'UNESCO depuis la Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement, qui s'est tenue à Stockholm au printemps 1998. Cette confférence fût organisée pour donner suite au Rapport de la Commission mondiale de la culture et du développement, présidée par Javier Pérez de Cuéllar; ce rapport intitulé : " Notre diversité créatrice ", est paru en 1996 sous les auspices de l'UNESCO.Le Plan d'action adopté par les États membres à l'issue de cette conférence décline de manière exhaustive les principes et volets des politiques culturelles que les États s'engagent à élaborer et à mettre en oeuvre, afin de servir les ambitions de développement durable et d'épanouissement de la diversité culturelle, partagées par tous les participants. L'un des objectifs figurant dans ce plan d'action est formulé en ces termes : "promouvoir l'idée que les biens et services culturels doivent être pleinement reconnus et traités comme n'étant pas des marchandises comme les autres".

Après cette conférence, l'UNESCO n'a cessé d'affirmer l'importance des politiques nationales de soutien aux industries culturelles1.

Prise en compte de la spécificité des pays en développement : l'UNESCO est amené à prendre en compte la difficulté des pays en développement à créer les industries culturelles nécessaires pour diffuser l'expression de leur créativité. Le problème de la diversité culturelle ne doit pas se limiter à la seule confrontation d'intérêts entre grands pays traditionnellement producteurs de biens culturels : " L'UNESCO se doit d'accorder une priorité absolue à la défense et à la promotion de la diversité culturelle, au rééquilibrage des échanges interculturels face aux inégalités qui existent, et d'oeuvrer activement pour que la mondialisation des produits et des messages concoure à l'amélioration des relations entre les peuples. "

Une organisation compétente en matière de normes

Compétence juridique : l'UNESCO détient un pouvoir normatif reconnu (acte constitutif, article 4). Elle a, en particulier, élaboré et adopté cinq grandes conventions relatives au patrimoine, dont celle de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, à laquelle ont adhéré 175 États. La Déclaration universelle sur la diversité culturelle adoptée en 2001 lui assigne expressément la responsabilité de " poursuivre son action normative " dans ce domaine (article 12 (c).

Les déclarations proclament des principes et des règles dont s'inspirent les États membres et le programme de l'UNESCO. Les conventions, contrairement aux déclarations, créent des obligations de réciprocité entre les États et ne sont ouvertes à la ratification que lorsqu'elles rassemblent un nombre de voix égal ou supérieur aux deux tiers de la Conférence générale. Dès que ces normes sont ratifiées, les États membres sont liés par ces obligations.

La négociation de l'instrument à l'UNESCO pourra bénéficier du travail et des réflexions préliminaires dans d'autres enceintes (Organisation Internationale de la Francophonie, RIPC…) Ce n'est que dans le cadre plus global de l'UNESCO que ces démarches trouveront leur pleine efficacité

La facilitation de la mise en œuvre : si le futur instrument était doté d'un organe permanent, celui-ci pourrait être rattaché à l'UNESCO, qui sait gérer des dispositifs de ce type. Le lien de la Convention avec l'UNESCO pourrait en outre conduire cette institution à solliciter, le cas échéant, l'avis de la Cour internationale de justice sur des questions relevant de la Convention.

CONCLUSION

Le défi que représente la promotion et la préservation de la diversité culturelle dans un contexte de mondialisation et de libéralisation des échanges rend nécessaire l'adoption par la Communauté internationale d'une Convention mondiale sur la diversité culturelle.

Il revient à l'UNESCO, seule organisation universelle, compétente et légitime en la matière, d'en prendre la responsabilité.

La Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle était une première étape. Son adoption par acclamation en novembre 2001 a montré combien la diversité culturelle est une préoccupation partagée par tous les États. Il faut aujourd'hui aller plus loin pour donner force de loi aux principes de cette Déclaration qui nécessitent d'avoir un caractère contraignant.

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