Groupe de travail sur la radiodiffusion dans l'environnement mondial
Réseau international sur la politique culturelle (RIPC)
Document de travail
Un forum spécial de l'Institut international des communications
a été tenu à Rome (Italie) en octobre 1998
sur la promotion de la diversité culturelle mondiale par
l'entremise de la télévision. Les participants à
ce forum ont conclu que la diversité culturelle est essentielle
à un environnement mondial sain et fonctionnel et qu'il est
crucial d'atteindre un équilibre d'émissions provenant
d'une multitude de sources.
Le forum venait couronner le travail de coopération entre
l'Italie et le Canada et celui d'un groupe de travail canadien sur
les enjeux et les options associés à la diversité
culturelle dans le domaine de la radiodiffusion internationale.
Les documents de travail et le rapport du forum jettent un éclairage
critique important sur l'environnement mondial de la radiodiffusion
en 1998. Il s'en dégage la conclusion suivante : la communauté
internationale doit adopter des mesures pour faire en sorte que
les téléspectateurs de partout puissent avoir accès
à ce qui se fait de meilleur dans le monde. Le rapport final
expose les éléments d'une telle stratégie.
Le présent document offre un bref survol des principales
questions et considérations liées à l'environnement
mondial de la radiodiffusion. Il traite également de la stratégie
proposée dans le cadre du forum spécial de l'IIC comme
point de départ des délibérations du Groupe
de travail. Des voies à examiner sont présentées
en conclusion.
Environnement mondial de la radiodiffusion principales
questions et considérations
Le forum spécial de l'IIC a reconnu que les progrès
technologiques relatifs à la radiodiffusion (satellites,
Internet, etc.) ouvraient une gamme étourdissante de voies
nouvelles pour la circulation du contenu culturel dans le monde
entier. La télévision est déjà en voie
de mondialisation comme le démontrent la vente d'émissions
au-delà des frontières nationales, la collaboration
de maisons de production dans le cadre d'accords de coproduction
et la transmission de signaux par satellite partout dans le monde.
En outre, Internet est en voie de devenir rapidement une option
viable de distribution et de promotion du contenu culturel. Cependant,
sa portée est encore extrêmement restreinte comparée
à celle de la télévision.
Malgré ces progrès technologiques, il n'est pas certain
que le cours naturel du marché mondial assurera la distribution
d'un contenu culturel riche et varié. Ces percées
technologiques pourraient très bien consolider et accroître
l'effectif-téléspectateurs de quelques fournisseurs
de contenus qui dominent déjà le marché.
Pour les participants au forum, nous sommes encore loin d'un monde
où la gamme complète de nos visages et de nos voix
serait présentée sur nos écrans de télévision.
Le défi à relever consiste à élaborer
un modèle qui permettra de faire la promotion de la diversité
culturelle en alliant la radiodiffusion traditionnelle, les nouveaux
médias et un potentiel accru de distribution à l'échelle
mondiale. Le rapport de l'IIC fait état de certains obstacles
à surmonter si l'on veut mener à bien cette démarche
:
1. Droits
Les questions liées aux droits opposent une vaste gamme
de défis importants à la réalisation de la
diversité culturelle mondiale dans la programmation télévisuelle.
Les droits actuels liés aux programmes n'encouragent ni n'appuient
une distribution d'émissions qui favorisent la diversité
culturelle.
L'exclusivité des droits confère à leurs titulaires
une influence considérable sur la retransmission ou la mise
en paquets des signaux de radiodiffusion qui transmettent leurs
émissions. Les pays et leurs industries de radiodiffusion
et de production doivent être prêts à rendre
leurs émissions facilement accessibles sur le marché
international dans un effort pour créer une masse critique
d'émissions économiques, disponibles et culturellement
diversifiées. Il importe de résoudre les questions
liées aux droits afin de pouvoir offrir une gamme élargie
d'options de distribution à un coût plus abordable.
2. Rôles et contributions du secteur public et du secteur
privé
Les ressources en capital nécessaires pour appuyer une nouvelle
initiative, quelle qu'elle soit, ne peuvent être fournies
par une seule source du secteur public ou du secteur privé.
Par conséquent, il est nécessaire de forger des partenariats
entre des organismes de radiodiffusion culturelle du secteur public
et du secteur privé, afin d'établir un modèle
réalisable de diversité culturelle mondiale en matière
de télévision.
Les services publics de radiodiffusion joueront un rôle clé
dans toute nouvelle initiative de diversification culturelle à
l'échelle internationale en raison de leur position avantageuse,
par rapport aux diffuseurs privés, pour lever les droits
des programmes culturels nationaux aux fins de distribution et de
radiodiffusion à l'échelle internationale. Toutefois,
les diffuseurs publics doivent d'abord résoudre les questions
de diversité culturelle liées à leur programmation
nationale.
3. Besoins et goûts du marché
La plupart des demandes d'émissions touchant les nouvelles,
les affaires spéciales et les sports ont été
satisfaites dans le cadre du système de diffusion actuel.
Il faudrait maintenant mettre l'accent sur ce qui manque, soit des
émissions pour enfants, des dramatiques télévisées,
des émissions liées aux arts du spectacle, des longs
métrages et des documentaires. Les émissions pour
enfants sont de plus en plus homogènes en raison de la domination
de ce marché par des créneaux de services à
l'enfance qui offrent essentiellement le même contenu de programmation.
Devant les lacunes constatées dans certains domaines, il
faut se rappeler qu'on ne saurait parvenir à une véritable
diversité culturelle par la simple traduction. Il faut plutôt
intégrer des histoires, des contextes et des personnages
propres aux différents pays.
4. Considérations d'ordre juridique et réglementaire
En Europe, en Asie et dans le reste du monde, de nombreux pays
ont adopté des politiques et règlements généraux
qui limitent l'accès étranger aux marchés de
radiodiffusion. Bien que les limites puissent varier entre les pays
et les continents, il est clair que les initiatives ou les approches
adoptées en matière de diversité culturelle
mondiale en télévision devront respecter les cadres
réglementaires et juridiques nationaux.
5. Susciter la collaboration internationale
Pour assurer la diversité culturelle mondiale, il faut une
grande collaboration parmi la communauté internationale.
Les pays doivent en arriver à une collaboration bilatérale
et multilatérale pour débattre des restrictions politiques
et réglementaires concernant l'entrée de signaux supplémentaires
en provenance d'autres pays. Il importe également de repérer
d'autres intervenants que les États dans le secteur de la
radiodiffusion si l'on veut multiplier les chances de succès
des partenariats internationaux.
6. État de développement
Bon nombre de pays n'ont pas les ressources matérielles
et financières et les capacités nécessaires
pour recevoir d'autres émissions et signaux internationaux.
Ils n'ont pas non plus les moyens de distribuer leurs propres émissions
à des auditoires internationaux et même nationaux.
7. Culture et développement
Malgré l'absence de définition claire de la culture
et de ce qui constitue une émission culturelle, il est important
de reconnaître que la télévision est l'une des
formes les plus dominantes de la culture et l'un des éléments
qui exercent le plus d'influence sur elle. À ce titre, la
télévision est devenue un puissant facteur de développement
international.
Proposition d'une stratégie
Le forum spécial de l'IIC avait pour second objectif de
proposer de nouveaux instruments destinés à favoriser
une diversité d'expression culturelle accrue dans le monde
de la radiodiffusion qui, mis en uvre ensemble, pourraient
servir de base à une initiative télévisuelle
mondiale. Selon cette proposition, les instruments adoptés
devraient refléter les trois éléments stratégiques
suivants :
I. Approvisionnement
Chaque nation doit prouver sa volonté d'arriver à
une masse critique d'émissions économiques, disponibles
et culturellement diversifiées, en rendant ses émissions
facilement accessibles au marché international. L'accent
devrait être mis sur la fourniture d'émissions et de
signaux adéquats qui ne sont suffisamment représentés
dans la composition internationale actuelle (p. ex., les émissions
pour enfants, les dramatiques télévisées, etc.).
Les questions concernant les droits sont au cur de cet élément.
II. Distribution et diffusion
Il faut adopter une approche polyvalente qui ne dédouble
pas les systèmes et infrastructures en place, mais qui tente
plutôt de les relier et de construire sur ces bases. En voici
quelques illustrations :
Réseaux mondiaux : TV5 est un exemple réussi
de réseau mondial. TV5, un réseau français
d'intérêt général à distribution
mondiale, emploie diverses liaisons par satellite pour rejoindre
son auditoire international. L'entreprise est gérée
par deux groupes d'exploitation et diffuse une programmation dans
70 millions de foyers du monde entier par le truchement de 14 satellites.
Les gouvernements participants se partagent la plupart des coûts,
la France en absorbant la plus grande part. Un second modèle
est celui de WETV, un réseau où des organismes publics
et des gouvernements achètent des blocs de temps d'antenne
d'un service afin de distribuer une programmation axée sur
l'environnement, le développement humain et l'éthique
d'entreprise. WETV est un partenariat qui réunit du financement
public et privé grâce à une structure d'entreprise
opérationnelle conçue à cette fin. Les émissions
de WETV sont achetées à des producteurs indépendants
offrant une programmation culturelle diversifiée dans les
pays affiliés à WETV ou co-produites avec eux. Des
droits internationaux sont concédés à ces émissions.
Cette formule évite d'avoir à financer des installations
de production centralisées.
Distributeur mondial d'émissions de télévision
culturelles: Un nouveau distributeur international d'émissions
culturelles pourrait servir de centre de distribution de la programmation
mondiale. Les pays pourraient, par son entremise, acquérir,
regrouper et offrir sur leur marché intérieur les
produits culturels d'autres nations. Un projet de l'UNESCO, «
Écrans sans frontières », a pour but de créer
une banque de films et de documentaires à l'intention des
chaînes de télévision publique dans les pays
en voie de développement. (Le Bureau de liaison se penche
actuellement sur l'état d'avancement de ce projet de l'UNESCO.)
III. Accès des téléspectateurs
Au-delà des défis liés aux phases de l'approvisionnement
et de la distribution, il importe également de faire ressortir
les contraintes à l'autre bout du processus de radiodiffusion,
c'est-à-dire la réception. Dans bon nombre de pays
du monde, il existe des restrictions à l'entrée de
signaux supplémentaires sur le marché de la radiodiffusion.
Pour d'autres nations, le problème principal est un manque
critique de ressources matérielles et financières
et des capacités nécessaires pour recevoir une programmation
et des signaux internationaux supplémentaires. C'est notamment
le cas dans les pays en voie de développement. Les pays pourraient
instaurer une collaboration bilatérale et multilatérale
pour assurer une plus grande accessibilité à la programmation
internationale sur les marchés intérieurs. Ces ententes
pourraient porter sur la réglementation, les dépenses
d'investissement ou les échanges d'information et de technologie.
Voies à examiner
L'analyse qui précède a été effectuée
par des spécialistes canadiens et italiens en 1998. Elle
fait ressortir les questions suivantes :
- Quels changements a connu l'environnement mondial de la radiodiffusion
au cours des trois dernières années? Les grandes
questions et considérations demeurent-elles valides aujourd'hui?
Quels sont les nouveaux problèmes qui ont fait surface?
- Comment Internet et les nouvelles technologies des réseaux
ont-ils transformé le milieu de la radiodiffusion? Quelles
répercussions ont-ils eues sur les questions d'approvisionnement,
de distribution et d'accès?
- La citation suivante, tirée du rapport de l'lIC, demeure-t-elle
valide dans la conjoncture actuelle?
- Malgré ces progrès technologiques et ces initiatives
du marché, il n'est pas certain que le cours naturel du
marché mondial assurera la distribution d'un contenu culturel
riche et varié. Si l'on donne libre cours à ces
progrès technologiques, ils pourraient très bien
consolider et accroître l'effectif-téléspectateurs
de quelques fournisseurs de contenus qui dominent déjà
le marché.
- Comment la télévision peut-elle être servir
de catalyseur à un développement socio-économique
et à la promotion d'une compréhension interculturelle?
- Quelles sont les stratégies que devraient utiliser le
secteur privé, les gouvernements et les organisations non
gouvernementales, en partenariat ou individuellement, pour assurer
la diversité culturelle des contenus locaux diffusés
à des auditoires internationaux?
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