Introduction
Comme par les années passées, le Bureau de liaison continue de surveiller les tendances internationales et les dossiers d'actualité dans le secteur de la politique culturelle. Après avoir suivi de près les conférences et les événements clés survenus l’an dernier, le Bureau de liaison a cerné deux tendances en matière de politique culturelle :
- le dialogue interculturel comme moteur pour la cohésion sociale et la prévention des conflits;
- les nouvelles technologies et leur incidence sur le secteur culturel.
Nous avons également désigné « Les jeunes et la culture » comme un thème transversal démographique qui a une résonance particulière pour les questions de politique culturelle, y compris celles mentionnées précédemment.
Dialogue interculturel
Cette question n’est pas nouvelle pour le RIPC. Le Bureau de liaison a fourni plusieurs documents conceptuels sur l’interculturalité depuis 2002. Il est clair, cependant, que cette question est maintenant perçue comme un outil nécessaire à la cohésion sociale et à la prévention des conflits dans de nombreux pays du monde.
Le terme interculturalité a été défini comme l'interaction entre les cultures, où une personne accepte la réciprocité de la culture de l'autre[1]. En ajoutant « dialogue » à l’approche interculturelle, nous allons au‑delà de la reconnaissance, et nous exprimons le désir et l’importance d’explorer divers points de vue. Le dialogue interculturel efficace est une interaction enrichissante qui encourage l’échange respectueux des idées et des différents processus de pensée par lesquels on aborde et on comprend les choses[2] .
Le concept du dialogue interculturel comporte de nombreuses facettes, y compris sa portée, qui peut aller d’une simple conversation entre deux personnes indépendantes à un événement à caractère plus officiel mettant à contribution deux pays ou entre un gouvernement et des membres de la société civile. En outre, bien que la tendance de discuter du dialogue interculturel en tant que concept ait acquis de la popularité, il en va de même pour l’acte de s’engager dans le dialogue interculturel – même si ces actes n’utilisent pas toujours le terme de manière spécifique. Il convient de souligner que le concept d’assurer la cohésion sociale est directement lié à celui du dialogue interculturel, quoique plusieurs pays et organisations abordent ces concepts sous des angles différents.
Principales activités et conférences sur le dialogue interculturel en 2006
En mars 2006, le Conseil de l'Europe (CE) a tenu son troisième et dernier Forum interculturel à Bucarest (Roumanie) intitulé « Encourager le dialogue interculturel entre les générations ». Ce forum faisait partie d’une série de conférences en préparation de la rédaction du Livre blanc du Conseil de l’Europe sur le dialogue interculturel. Le Conseil, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), a élaboré la « plate-forme de Faro », qui a pour objectif de favoriser une coopération concrète et continue entre les deux organisations en matière de dialogue interculturel. Le Livre blanc couvrira des définitions, des lignes directrices relatives aux politiques et aux programmes et des pratiques exemplaires dans des domaines tels que la promotion de la dignité égale pour tous et la promotion de la diversité culturelle dans la vie de tous les jours. Le document doit être rédigé et publié avant le début de l’« Année européenne du dialogue interculturel », prévue en 2008. D’autre part, afin de faciliter la fourniture de données sur le dialogue interculturel, on a adapté l’initiative Compendium du Conseil, un système d’information et de surveillance des mesures, des instruments et des tendances culturelles en matière de politique culturelle, et on a compilé un tableau de comparaison des « pratiques exemplaires » dans le domaine du dialogue interculturel pour 20 États membres du CE.
En avril 2006, les ministres européens de la Culture se sont rencontrés à Grenade (Espagne), à l’occasion d’une conférence intitulée « L’Europe pour le dialogue interculturel ». Cette réunion était l’aboutissement d’une série de rencontres visant à poursuivre le processus de construction européenne et d’intégration citoyenne. Les questions abordées lors de la conférence portaient sur le dialogue interculturel dans les contextes où s’inscrivent les pays euro-méditerranéens et l’Union européenne ainsi que les pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
L’Organisation pour la sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a commencé à aborder la question du dialogue interculturel dans le cadre de ses réunions de mise en œuvre de la tolérance. Une conférence intitulée « Favoriser la compréhension interculturelle, interreligieuse et interethnique » a eu lieu les 12 et 13 juin 2006 à Almaty (Kazakhstan). La réunion avait pour objectif de souligner l’importance des droits de la personne, les libertés fondamentales et les institutions démocratiques dans la création d’un contexte pour la compréhension interculturelle, interreligieuse et interethnique. La réunion était une occasion de trouver des façons d’utiliser le dialogue interculturel, interreligieux et interethnique et les partenariats avec la société civile comme moyen de favoriser la prévention des conflits dans la région de l’OSCE,
qui comprend plusieurs pays de l’Asie centrale. L’OSCE collabore également avec l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) et les États partenaires méditerranéens et asiatiques sur plusieurs questions, notamment l’immigration, l’intégration et la promotion du respect mutuel et de la compréhension.
La Fondation Anna Lindh, qui est la première institution commune établie et financée conjointement par les 35 membres du Partenariat euro‑méditerranéen, a organisé plusieurs conférences au cours de l’an dernier visant à créer des pistes de dialogue entre les gens des deux rives de la Méditerranée.
L’Union européenne prépare son Année du dialogue interculturel en lançant un « appel d'idées » afin de favoriser le dialogue interculturel en Europe. Ce processus permettra à la Commission européenne d’engager des membres de la société civile et de définir des lignes directrices pour de futurs appels de propositions, qui seront lancés en 2007, dans le cadre de l’Année du dialogue interculturel.
L’Alliance des civilisations, une initiative des Nations Unies qui a été créée en 2004 pour répondre à la nécessité qu’a la communauté internationale de redoubler d’efforts, tant au niveau des institutions qu’à celui de la société civile, de surmonter les divisions et de mettre un terme aux préjugés et à la polarisation qui font peser des menaces sur la paix mondiale, a nommé un groupe de haut niveau constitué de 20 experts de différentes cultures appartenant à une diversité de religions et de pays. Le groupe s’est rencontré au moins trois fois au cours de l’an dernier, et il fera rapport au Secrétaire général de l’ONU en novembre 2006 avec une série de recommandations pour l’Alliance, y compris un plan d’action avec des mesures pratiques. On a signalé que des secteurs prioritaires particuliers seront mis en évidence, notamment l’éducation, d’autres moyens d’accéder aux jeunes et les médias. Une coopération entre l’initiative de l’Alliance des civilisations et d’autres organisations multilatérales a également été mise en place, lorsque l’OSCE a fourni un rapport exhaustif de ses activités sur les questions de tolérance, de dialogue, de respect mutuel et de compréhension.
Conclusion
Compte tenu de la prévalence des activités consacrées au concept du dialogue interculturel sur la scène mondiale l’an dernier, il sera important que tout travail du RIPC sur le thème présente un contenu concret et proactif au débat mondial. Le partage des pratiques exemplaires, ainsi que l’établissement de liens solides entre le dialogue interculturel et les questions comme l’inclusion et la cohésion sociale apporteraient une contribution appréciable à cette tendance. Le dialogue interculturel en tant que processus permanent, aussi bien au niveau national qu’international, constitue également un thème important qui pourrait être exploré davantage.
Nouvelles technologies
Les pays font actuellement face au défi de comprendre la portée du potentiel économique et des possibilités culturelles, sociales et démocratiques que présentent les technologies numériques, et de savoir comment effectuer une transition en douceur à l’économie numérique. Cette question a été exposée à une conférence organisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en janvier 2006, à Rome (Italie), intitulée « L’avenir de l’économie numérique : création de contenu numérique, distribution et accès ». La conférence portait sur des sujets comme la coopération mondiale, le droit d’auteur[3]. et la propriété intellectuelle, ainsi que le rôle des gouvernements. La réglementation et les politiques actuelles sont remises en question par les possibilités du contenu numérique et d’Internet. La question est de savoir comment les politiques gouvernementales pourront-elles suivre le rythme de ces secteurs en pleine évolution? Beaucoup conviennent qu’à mesure que la technologie élimine les obstacles entre les technologies de communication, les décideurs devraient jouer un rôle dans l’établissement des règles du nouveau marché, quoique la portée de ce rôle soit matière à débat.
Le Bureau de liaison a constaté que plusieurs pays se préoccupent de cette question sur le plan interne, alors que certains mènent des analyses de l'environnement ou forment des groupes de travail afin de déterminer les tendances actuelles et potentielles dans le secteur culturel. L’objectif est de mettre à profit la possibilité des nouvelles technologies, en équilibrant cette possibilité avec le besoin de réglementation.
Bien que de nombreux pays s’efforcent d’atteindre cet équilibre, ils travaillent néanmoins à ajuster leurs politiques culturelles en vue de s’adapter à la technologie numérique. Les organisations régionales apportent également leur participation, avec l’Union européenne, en tenant des consultations sur l’étude des médias cette année, tout en allant de l’avant avec leur initiative intitulée « i2010 : bibliothèques numériques », qui vise à rendre le patrimoine culturel et scientifique diversifié de l’Europe plus facile et plus intéressant à utiliser en ligne pour le travail, le divertissement ou l’étude.
En Afrique, les nouvelles technologies et la culture attirent également l’attention, avec le thème transversal du Premier Congrès culturel pan-africain qui se tiendra à Addis-Abeba, du 13 au 17 novembre 2006, qui est « La culture africaine et les nouvelles technologies ».
« Creative Clusters », une conférence indépendante sur la politique, qui examine la croissance de l’économie créative, reconnaît également la puissance de l’ère numérique en élaborant des politiques culturelles. La conférence de novembre 2006, qui aura lieu à Gateshead (Royaume-Uni), abordera des sujets comme la propagation du phénomène mondial des jeux en ligne et la question de l’inclusion sociale dans les médias.
Conclusion
Alors que les nouvelles technologies jouent et continueront de jouer un rôle important d’influence dans l’élaboration des politiques culturelles, le RIPC pourrait, à l’avenir, vouloir fournir une tribune où les questions liées aux tendances technologiques dans le secteur culturel peuvent être débattues et les pratiques exemplaires peuvent être partagées entre les pays membres.
Thème transversal : Les jeunes et la culture
En ce qui concerne les deux tendances décrites précédemment, les jeunes sont perçus comme une cible démographique où des politiques culturelles efficaces sont essentielles. L’initiative de l’Alliance des civilisations mentionne l’engagement des jeunes comme un élément clé pour continuer le dialogue entre l’Est et l’Ouest. Le troisième forum du Conseil de l’Europe sur le dialogue interculturel a traité le sujet comme une question intergénérationnelle, en cherchant à expliquer les nouvelles pratiques sociales qui indiquent une différence culturelle par rapport aux générations précédentes, ainsi que le rôle de la mémoire et des identités dans le dialogue interculturel.
La campagne « Tous différents, tous égaux », lancée par le Forum de la Jeunesse européenne et le Conseil de l’Europe, est un exemple des activités qui engagent les jeunes à promouvoir la lutte contre le racisme et le dialogue au sein de différents groupes.
De même, les jeunes s’adaptent aux nouveaux territoires culturels établis par les nouvelles technologies et les développements dans les médias numériques. Les jeunes sont plus que de simples consommateurs de contenu numérique, ils sont également des participants et des créateurs, en créant du contenu, en discutant et en interagissant avec d’autres, et en prenant l’initiative en lançant leurs propres initiatives et organisations.
Le Bureau de liaison considère les jeunes comme un groupe cible important pour la majorité des tendances politiques culturelles, particulièrement celles qui concernent le dialogue interculturel et les nouvelles technologies. Une surveillance accrue de ce thème transversal pourrait être confiée au RIPC s’il existe un intérêt pour explorer les questions liées à un groupe démographique particulier dans le secteur de la politique culturelle.
Conclusions et pistes potentielles pour l’avenir
Le Bureau de liaison s’est engagé à continuer d’appuyer le mandat du RIPC qui consiste à explorer les points de vue échangés sur les questions nouvelles et émergentes en matière de politique culturelle et à élaborer des stratégies visant à promouvoir la diversité culturelle. À ce titre, le Bureau soumet les tendances susmentionnées au RIPC aux fins d’examen et d’une possible exploration approfondie, et il suggère les questions suivantes pour aider à amorcer d’autres discussions :
- Comment le RIPC pourrait-il contribuer efficacement au travail effectué sur le dialogue interculturel?
- Comment le secteur de la politique culturelle peut‑il élaborer un plan qui permettrait le partage constant des pratiques exemplaires pour les nouvelles technologies culturelles à l’échelle mondiale?
- Existe-t-il d’autres nouvelles tendances que les membres du RIPC constatent dans leurs pays respectifs, et devraient-elles être prises en considération par le RIPC dans ses futures activités?
[1]RIPC, « Questions nouvelles et émergentes : le concept d'interculturalité et la création d'observatoires culturels », Cape Town, Afrique du Sud, 2002.
[2]Association internationale des universités, « Qu’est-ce que le dialogue interculturel ? », www.unsesco.org/iau/id/fre/index.html.
[3]Il convient de souligner que le sujet du droit d’auteur sera discuté à la réunion annuelle ministérielle du RIPC, à Rio de Janeiro (Brésil), du 22 au 25 novembre 2006.
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