Rapport préparé par le Ministère de la Culture et du Patrimoine
Historique Classé du Sénégal en vue de la 8e réunion
ministérielle annuelle du Réseau international sur la politique
culturelle,
Dakar (Sénégal) du 20 au 23 octobre 2005
Table de matières
I. Contexte
II. Protection et promotion de la diversité
culturelle dans les pays membres du RIPC
II.1. Les communautés minoritaires
II.2. La sauvegarde des pratiques traditionnelles
II.3 La participation culturelle
III. Stratégies mises en place pour la
sauvegarde du patrimoine culturel national : le bouclier institutionnel
III.1. Un environnement juridique et économique
favorable créé par les Etats
III.2. Les mécanismes administratifs
III.3. Le soutien financier
III.4. Les initiatives publiques non étatiques
III.5. Les actions de sauvegarde
III.6. La préservation du patrimoine
III.7. La diffusion de l’action culturelle
III.8. L’Éducation
IV. Impacts des politiques culturelles
IV.1. Impacts économiques
IV.2. Ouverture internationale
V. Contraintes et limites
V.1. Les situations défavorables
V.2. Défaut de moyens techniques et financiers
IV.3. Dégradation de l’environnement international
V. Genre et Diversité culturelle
VI.1. Contexte d’intégration de la perspective
genre (Gender mainstreaming) dans les politiques et pratiques culturelles
VI. 2. Les dispositions juridiques internationales
VI. 3. Les dispositions juridiques nationales
VI.4. Autres Stratégies d’intégration
de la perspective genre dans les pratiques culturelles
VII. Limites des politiques d’intégration
du genre
VIII. Diversité culturelle, Cohésion sociale
et Développement durable : quelques pratiques
et axes de coopération.
VIII.1 Recommandations pour
améliorer la situation des femmes et lutter contre les
discriminations fondées sur le
sexe
VIII.2. Recommandations pour
la promotion de la diversité culturelle en vue d’assurer la cohésion
sociale et le développement durable
XI. Conclusion
XI. Préparation et coordination de l’étude
Le Réseau International sur la Politique Culturelle (RIPC) a décidé de placer sa 8e Réunion Ministérielle Annuelle, prévue au Sénégal, à Dakar, du 21 au 23 novembre 2005, sous le thème « Diversité culturelle, cohésion sociale et développement durable ». Il a, en effet, paru important aux Ministres d’engager un débat sur ce thème, eu égard aux objectifs fondateurs du Réseau et au rôle moteur qu’il a joué pour l’adoption, à l’UNESCO, d’une Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.
Parmi les angles d’approche du thème figuraient ceux proposés par Madame Katerina Stenou, Directrice des politiques culturelles et du dialogue interculturel à l’Unesco lors de l’atelier préparatoire organisé à Dakar en février 2005:« Quels sont les matériaux indispensables à la construction d’une culture de la durabilité ? La mondialisation accroît-elle ou diminue-t-elle les chances d’épanouissement de la diversité culturelle et de son corollaire le dialogue des civilisations ? Quelles mesures concrètes devraient être prises pour une authentique diversité culturelle, en réfrénant toute sorte de fondamentalisme culturel, de répression et d’homogénéisation ? »
Pour essayer de répondre à ces questions qui campent les principaux enjeux du thème, il est essentiel d’interroger le contexte de mondialisation, dans lequel nous évoluons, d’en mesurer les contraintes et d’en identifier les opportunités.
Grâce à l’extraordinaire développement des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, le monde est, on le sait, devenu un village planétaire, caractérisé notamment par la mobilité des hommes, des produits, des idées et des images. Toutefois, la préservation de la pluralité des expressions culturelles est considérablement menacée par les déséquilibres existant entre les moyens de diffusion des différents modèles. Cette situation favorise les produits culturels des pays riches et met en péril les repères identitaires des sociétés réduites au rôle de simples consommatrices.
Ce nonobstant, la mondialisation offre l’opportunité et la possibilité d’une diffusion équilibrée des cultures et d’un dialogue interculturel positif. En effet, grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information de la Communication (NTIC) les frontières s’effacent, la notion de distance s’évanouit ; toutes les localités du monde sont connectées en temps réel en un cybermonde. L’appropriation de ces technologies et l’implication dans les réseaux économiques, commerciaux, culturels, intellectuels offrent aux sociétés actuelles, notamment africaines, de nouvelles capacités de réinventer leurs cultures et civilisations. Elles accroissent les possibilités de sauvegarde, de conservation et de valorisation des patrimoines culturels matériels et immatériels. La communauté internationale, se voit ainsi dotée d’une base propice au partage des savoirs et savoir-faire et à la construction commune du développement durable dans le monde.
Le Sénégal, est, il faut le reconnaître, bien placé pour une exploitation optimale des potentialités de la mondialisation. Appartenant à la Sénégambie, espace historique et sociologique millénaire constitué selon l’historien Boubacar. Barry, par « toute la façade atlantique qui correspond au secteur du littoral africain franchement tourné vers l’ouest », il est situé dans une zone écologique hétérogène allant du désert à la forêt, qui a été le lieu de convergences et de brassages entre peuples divers. Cette zone a été le théâtre de mouvements et de contacts de populations, de migrations et de sédentarisations, de constructions et de déconstructions politiques (les empires du Ghana et du Mali et les différents royaumes succédant), de réseaux économiques, marchands, religieux, notamment islamiques.
Les fleuves Sénégal et Gambie ont déterminé le cadre spatial et historique de l’évolution des sociétés en présence. Sur un fond de civilisation commune, dans un même cadre existentiel, chaque peuple a spécifié ses représentations sociales et développé une culture originale propre : Sereer, Al pular, Soninké, Manding, Wolof, Jola, Balant, Baynuk, Manjak, Bassari, Konagi, etc. L’histoire montre donc que le pouvoir traditionnel de la Sénégambie, dont le fonctionnement et le contrôle associaient les différentes composantes de la société, a consacré la diversité culturelle de ses peuples.
En réalité, comme l’attestent tous les spécialistes de la Sénégambie, la violence destructrice a été un phénomène extérieur, lié d’abord à la traite esclavagiste atlantique et ensuite à l’exploitation coloniale. Le commerce esclavagiste du 16ème au 19ème siècle a fini par son ampleur par bouleverser tout le système social des communautés et les a entraînées dans une crise générale, démographique, économique, politique et même identitaire. Mais la destruction organisée et méthodique du tissu social a véritablement commencé avec le système d’exploitation coloniale. Par le régime de travail forcé et de l’indigénat, l’Etat colonial organise dans la violence la dislocation des modes domestiques de production.
L’école coloniale, instaurée pour former une élite capable de servir d’auxiliaires dans l’administration, les entreprises et les différents services institue la langue étrangère du colonisateur comme langue de travail au mépris des langues africaines. L’école et la nouvelle administration divisent la société en évolués et en indigènes. Les bases du système d’éducation traditionnelle ouvert à la vie, se trouvent sapées ; les modes de transmission intellectuelle et culturelle entre générations sur lesquels reposent la continuité de la société, sont démantelés et marginalisés au profit d’un système producteur de catégories modernes, riches et pauvres, de classes sociales aux intérêts opposés.
C’est pourquoi, ici comme ailleurs, la construction identitaire s’impose comme seul moyen d’émergence d’une armature sociale cohérente, susceptible d’appuyer l’accumulation et l’innovation. En ce sens, la culture apparaît comme une dimension fondamentale du développement durable. C’est ce que le Brésil a parfaitement bien compris en constatant que :«La culture est l’arène de transformation politique la plus évidente pour la société ».
L’analyse des réponses des pays membres du RIPC au questionnaire sur le thème de la 8e RMA laisse apparaître une diversité dans la composition des groupes sociolinguistiques à l’exception de la Grèce où l’on note une homogénéité linguistique (une langue unique).En Estonie l’on dénombre plus de cent nations, au Brésil plus de 180 langues dites « indigènes » (parlées par moins de 0,5% de la population).
Cependant, pour une approche efficace des politiques de promotion de la diversité culturelle, le concept le plus performant semble être celui d’« environnement culturel », utilisé par la Suède et qui «inclut en principe l’environnement global que l’homme a créé au fil du temps. Il comprend tout, qu’il s’agisse de sites de peuplements de l’âge de pierre, vieux de milliers d’années, ou de banlieues modernes. Il inclut également les traditions et les valeurs que nous adoptons, consciemment ou non, des générations précédentes. C’est un patrimoine qui comprend non seulement des objets concrets, des édifices et des vestiges anciens, mais aussi des mythes, des coutumes et des traditions immatérielles ».
Les réponses données par les Etats contiennent en filigrane une acceptation de ces normes. Des rapports fournis par les Etats laissent apparaître également des formes diverses de l’organisation institutionnelle prenant en charge la culture et la diversité culturelle : en Norvège, existe un Ministère de la Culture et des Affaires ecclésiastiques, au Brésil un Ministère du Patrimoine immatériel, au Burkina Faso un Ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme… Ces diverses dénominations sont autant d’indications de la prise en charge de la question centrale de la diversité culturelle, dont la problématique transparaît parfois sous ces diverses appellations.
II.1. Les communautés minoritaires
Presque toutes les réponses font ressortir l’existence de minorités dans les flancs de chaque nation. Dans certains cas et pour certains Etats, la notion de communauté a été adoptée à propos de ces groupes minoritaires En Belgique les initiatives culturelles sont transférées à ces communautés, laissant aux régions et aux entités fédérées le soin de traiter des autres questions. En Norvège, le même principe d’autonomisation des décisions communautaires semble prévaloir. Le Parlement lapon établit ses propres priorités et, en fonction de celles-ci, alloue les fonds aux activités qu’il juge pertinentes. Dans ce pays comme dans presque tous les autres, on préfère parler de «minorités ethniques et culturelles ». En Croatie par exemple, ces minorités sont recensées dans 16 groupes sociaux représentant 7,47% des habitants et un « Bureau des Communautés et Minorités ethniques » transmet à chaque communauté une aide de l’Etat.
Dans tous les cas, l’action visant la sauvegarde de la diversité culturelle et le raffermissement de la cohésion sociale concerne au premier chef ces groupes sociaux. Ainsi, le Brésil affirme privilégier « des mesures ciblant entre autres les populations indigènes, traditionnelles et afro-brésiliennes ou les populations qui ont historiquement été exclues des politiques publiques »
Dans certains pays un discours et des actions spécifiques sont développés en direction des allochtones, des réfugiés, des nomades ou encore des immigrés de fraîche date. Dans les Flandres par exemple, des récits recueillis auprès des nouveaux immigrants, ainsi que l’histoire de leurs familles, sont enregistrés systématiquement. En Norvège « Horizon/ MELA », une institution financée par le gouvernement, a pour objectif d’ « explorer de nouvelles méthodes d’échanges artistiques et culturels entre la Norvège et les pays d’origine des minorités ethniques ». En Grèce, un décret adopté récemment vise à assurer « une pleine protection et une valorisation du patrimoine culturel de toutes les traditions –grecques ou non grecques – présentes sur le territoire de la Grèce ». En définitive, le souci de protéger et de valoriser le patrimoine de ces communautés, apparaît de manière frappante.
A la différence notoire de la France qui ne reconnaît pas de minorités autres que linguistiques, il se développe de plus en plus, un peu partout, un réflexe partagé de préservation du patrimoine culturel et artistique des minorités ethniques. Même si, comme le laissent voir quelques réponses, cette action reste dans certains pays, tous veulent veiller à la sauvegarde de pratiques traditionnelles qui, comme le dit la Belgique, « renforcent la cohésion sociale, créent du lien social et contribuent à la notoriété (fierté de ses habitants) ».
La grande hantise est donc de voir ces pratiques traditionnelles disparaître ou s’appauvrir d’année en année. Sur cet aspect, les langues minoritaires sont particulièrement prises en compte. La réponse de la France mentionne que « l’enquête Famille associée au recensement de la population de Mars 99 comportait pour la première fois un volet linguistique qui a permis d’observer que les langues régionales ne se transmettaient presque plus dans le cadre familial », alors que 5,5 millions de personnes (sur une population totale de 61,4 millions de personnes) ont reçu dans leur enfance une langue régionale, en général conjointement au français.
Le patrimoine linguistique est recensé de manière presque exhaustive dans les réponses sauf dans les cas de la Belgique où « depuis la suppression du recensement linguistique (1962), il n’est pas possible de connaître ni les langues pratiquées (…) ni le nombre de locuteurs » et de la Norvège où ne se tient aucune statistique relative à la filiation linguistique.
Dans les stratégies diverses de sauvegarde de ce patrimoine linguistique, les initiatives sont innombrables qui démontrent une nette prise de conscience des enjeux politiques et sociaux liés à cette question. Entre autres stratégies, au Mexique, par exemple, l’Institut National des Beaux-Arts (INBA) encourage les créateurs à utiliser leurs langues autochtones dans la littérature et la musique
Les Etats s’accordent à mettre en relation l’élaboration de politiques culturelles avec le souci constant de diffuser les expressions culturelles, et, d’abord, auprès des populations autochtones défavorisées. Il s’agit de promouvoir le principe de « participation culturelle » en se conformant à l’article 27 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qui stipule que toute personne a le droit de participer à la vie culturelle. Ainsi en va –t-il des « Tournées Art et Vie » en Belgique dont l’idée est de « mettre en place un système de soutien à la diffusion de façon à faciliter la circulation des productions de qualité ainsi qu’un accès plus large grâce à une politique tarifaire démocratisée ». Dans un pays comme la Croatie, un organisme dénommé « Club culture » regroupe plus de quarante associations et a organisé en deux années plus de cinq cents activités sur l’ensemble du territoire croate.
En définitive, il s’agit là d’éléments des politiques culturelles nationales dont les principes essentiels sont résumés dans la réponse du Mexique : respect de la liberté d’expression et de création, affirmation de la diversité culturelle, égalité d’accès aux biens et services culturels, nationalisation des biens et services culturels, développement culturel équilibré.
Comme le relève la réponse française au questionnaire, « il revient aux Etats de créer un environnement propice à la création et à l’expression de la pluralité des cultures nationales, tant en ce qui concerne la production que la diffusion des biens et des services culturels. D’autres ont laissé le droit coutumier régir les relations entre membres des communautés protégées. Ainsi, au Mexique, « dans diverses régions, les mécanismes de règlement des différends sont régis par ce que l’on appelle « le droit indigène » ou encore par certaines lois propres aux Etats, fondées sur les us et les coutumes de ces peuples, comme c’est le cas dans les Etats d’Oaxaca, de Quintana Roo et dans la Sierra Norte de Puebla… ». Cette philosophie de la justice traditionnelle s’appuie sur le principe général suivant : « La notion de justice se fonde sur des paramètres culturels distincts et elle est habituellement appliquée avec le concours de la communauté ». Une telle attitude participe du respect des fondements des sociétés humaines.
Ainsi de manière générale, les réponses des Etats accordent une large place au droit positif qui a prévu des dispositions générales pour souligner la volonté de libérer l’expression des cultures minoritaires. Cette préoccupation est inscrite dans les lois fondamentales de pays comme le Mexique, la Norvège ou la Suède.
Les dispositions administratives concernant le patrimoine immatériel, adoptées dans certains pays, distinguent les détenteurs du patrimoine (les trésors culturels vivants), les formes d’expression populaire (chefs d’œuvre du patrimoine oral et immatériel) et les espaces culturels (espaces physiques où se déroulent des manifestations). Ce patrimoine fait l’objet d’un inventaire descriptif.
Pour accomplir de manière cohérente et optimale le projet de défense des cultures nationales, il est nécessaire, vu le caractère transversal de la culture, de regrouper des initiatives dispersées dans plusieurs institutions publiques. Cette forme de coopération interministérielle est instaurée en Norvège autour de la loi sur la préservation du patrimoine culturel national : le ministère norvégien de la Culture et des Affaires ecclésiastiques est chargé de l’administration de la partie de la loi portant sur l’importation et l’exportation illégales d’objets culturels ; alors que c’est le ministère de l’environnement qui est chargé d’administrer toutes les autres dispositions de cette loi. En Afrique du Sud, autour de la question des incitations fiscales, sont réunis le Ministère du Commerce et de l’Industrie, celui des Arts et de la Culture, celui des communications, celui de l’Education ainsi que l’Office national du film et de la Vidéo et d’autres organismes.
La construction de l’environnement culturel exige également, à côté des mesures strictement juridiques, d’autres obligations financières. Les Etats consacrent des subventions et d’autres formes de soutien financier à la politique de défense du patrimoine culturel national. On peut relever avec bonheur des cas significatifs où des incitations fiscales permettent aux entreprises privées de se joindre aux efforts des Etats dans ces domaines ; il s’agit des aides publiques indirectes. Appelées « patronage » au Brésil,elles procurent un allègement fiscal aux personnes physiques ou morales qui appuient des projets culturels par des donations ou des commandites. Dans certains cas, les bénéfices exonérés des entreprises sont investis dans le soutien aux activités culturelles et artistiques. En Grèce, des prélèvements fiscaux sont réinjectés dans le soutien à des actions culturelles.
L’Etat peut aider, dans le cadre des stratégies nationales de défense culturelle, à mettre en place des cadres et organismes chargés de compléter son action. Ces organismes peuvent même se voir confier des tâches de conception de certains aspects de cette politique culturelle. Par exemple, il existe en Croatie le « Conseil croate des Biens culturels » qui n’est pas organiquement rattaché au ministère mais qui examine des questions générales, parfois des questions faisant l’objet de controverses. Il formule des recommandations concernant la déclaration des biens culturels, la conservation de ces biens… Au Brésil le programme « Culture vivante/Points de culture » travaille en partenariat avec le Ministère des Communications, dans un réseau de production et de transmission de biens culturels: dons de trousses de culture numérique, production et diffusion de contenus culturels...
La société civile est également active dans le champ de la défense du patrimoine culturel. En Norvège par exemple, « depuis les années 80, plusieurs initiatives visant à promouvoir la diversité culturelle ont été mises en œuvre et de petites institutions ont été créées, souvent sur l’initiative des différentes minorités ».
Dans certains cas, la demande de protection d’un bien culturel peut émaner des populations Ainsi, en Belgique, cinq cents signataires peuvent introduire une demande de classement. Des cadres associatifs comme la Coalition pour la Diversité Culturelle regroupent de multiples associations, cinquante en France, de divers horizons, s’érigeant ainsi en espaces de rencontres et d’échanges privilégiés.
Certains biens sont interdits de sortie définitive du territoire. En Croatie cette disposition concerne autant les biens culturels de propriété publique que ceux de propriété privée. Notons que la notion de trésor ou de chef d’œuvre s’étend à des aspects du patrimoine immatériel comme les carnavals ou autres fêtes populaires, les pèlerinages ou pratiques cultuelles, etc.. En Norvège, une loi, celle du 18 Mai 1990, réglemente les noms de lieux, les procédures d’attribution de noms aux lieux géographiques et contrôle l’orthographe de ces noms. Cette loi régit également l’utilisation parallèle des noms de lieux en langue minoritaire lapone et kven/finnoise.
Les actions de protection et de restauration du patrimoine culturel font une large place aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Des pays comme la France ont mis en place des programmes dénommés « Chantiers numériques » auxquels trois objectifs sont fixés : la création numérique, l’accès à la culture et la numérisation du patrimoine. Le Brésil a poussé l’initiative jusqu’à la création de réseaux numériques dont le but est d’«offrir aux diverses communautés qui forment la société brésilienne des contenus qui leur permettent de prendre des initiatives et de modifier la réalité qui les entoure ».
Les NTIC sont de plus en plus incontournables, en ce qui concerne la conservation et la numérisation, permettant un large accès aux ressources du patrimoine. Les NTIC créent des échanges et un dialogue entre communautés d’un même pays, entre des pays et des cultures différentes et engendrent même de nouvelles formes d’expression artistique du patrimoine.
Il s’agit de garantir à tout l’accès à la mémoire collective. Dans les médias, une attention particulière est apportée à la promotion d’événements culturels, à la communication et à l’information. Ainsi, il est recommandé aux radios et autres supports d’information de consacrer des espaces importants à la diffusion culturelle et de favoriser l’intégration des minorités par la mise en valeur de leur patrimoine et de leur identité. En plus de la représentativité de toutes les composantes de la population, la France a étendu ce principe aux équipes de travail dans les medias. D’autre part, dans les missions de service public, l’accent est mis, toujours en France, sur la promotion des valeurs d’intégration et, à l’une des chaînes de télévision France 5, il est expressément demandé de « veiller aux échanges entre les différentes parties de la population et de diffuser des émissions relatives à l’insertion des étrangers ». Les autres chaînes publiques ont des missions culturelles précisées dans les stipulations de leurs cahiers de charges respectifs. La Croatie précise que : « les diverses productions dans le domaine des arts, des lettres et des sciences humaines, de l’identité et de l’histoire culturelles sont majoritairement diffusées à la première chaîne de télévision croate et à Radio Three ». Au Mexique, la station de radio éducative Radio Educación, créée il y a 35 ans, ainsi qu’une chaîne de Télévision publique, Televisión 22, ont pour mission de promouvoir la diffusion culturelle et le dialogue interculturel. En Grèce, la chaîne de radiodiffusion publique ERT diffuse régulièrement des émissions dans les principales langues pratiquées par les communautés de travailleurs immigrés.
Cet important volet est mis à contribution dans la perspective d’une éducation à la culture. En Belgique 35 heures sont dévolues à l’éducation à la diversité culturelle, et des enseignants et une partie du personnel des centres psycho médico-sociaux reçoivent une formation « centrée sur la culture des jeunes de différents groupes sociaux ainsi que sur l’approche des diversités culturelles ». Ces dispositions sont prolongées au niveau de l’enseignement supérieur par le décret du 31 Mars 2004 stipulant, entre autres objectifs, la transmission d’enseignements portant sur le patrimoine culturel et artistique ainsi que l’incitation à la mobilité et aux collaborations intercommunautaires et internationales. Des étudiants collectent des histoires orales dans le cadre de leurs recherches. Cette pratique s’est beaucoup développée en Belgique à partir des années 60 et quinze mille de ces histoires peuvent déjà être consultées en ligne. Ces histoires ont été revitalisées par exemple dans des soirées de lecture.
Au Mexique, se construit une expérience originale d’éducation interculturelle étendue aux cycles universitaires, l’alphabétisation dans la langue maternelle étant par ailleurs privilégiée de la maternelle à la fin du cycle primaire. On note les mêmes dispositions en Grèce, dans le cadre de l’ « éducation inter curriculum » dispensée dans des écoles interculturelles et encadrée par le Ministère de l’Éducation nationale et des questions religieuses. Sont considérées comme écoles interculturelles les écoles dont au moins 45 % des élèves sont des Grecs rapatriés ou des étudiants étrangers. En Estonie, les élèves qui sont membres des minorités du pays peuvent recevoir à l’école deux cours par semaine sur leur langue et leur culture en plus du programme général.
Dans la plupart des réponses, il apparaît la difficulté de quantifier ces impacts. La politique culturelle a partie liée avec la politique économique, même si les effets notés ne sont pas visés au départ. Des incidences d’une bonne politique culturelle peuvent être ressenties au niveau des industries culturelles. Par exemple, en France, en 2002, « les chiffres d’affaires des producteurs et éditeurs des différentes industries culturelles ,valorisé au prix de vente au public, est de plus de 30 milliards d’euros » et « la consommation par les ménages des biens et services correspondants approche les 20 milliards d’euros ». En Norvège, les activités des industries culturelles représentent environ 3 % du PIB et occupent 3,9 % du nombre total de la population active. Au Mexique, les proportions sont à peu près similaires (4% de la population active) mais contre 6,7% de la contribution des industries culturelles au PIB.
Les incitations fiscales sont souvent accompagnées d’obligations faites aux bénéficiaires de dépenser une grande par des sommes reçues dans le territoire, ce qui garantit la création d’emplois et encourage le développement économique.
Dans le souci de transcender les barrières territoriales, une forte circulation des oeuvres et de toutes formes de produits culturels nourrit un courant d’échanges à l’échelle universelle.
Certaines actions concertées ont, de ce fait pour cadre la coopération bilatérale ou multilatérale en matière de préservation du patrimoine. Par exemple, la Belgique, l’Espagne, la France et les Pays bas ont décidé de constituer un dossier commun pour faire reconnaître « les géants et dragons processionnels d’Europe occidentale » comme chefs d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Dans la même logique, la Suède, la Finlande et la Norvège ont une stratégie conjointe pour la normalisation informatisée de la langue lapone, sous l’autorité du Comité nordique des Hauts Fonctionnaires. Cette initiative a suscité une offre faite par Microsoft d’intégrer les signes diacritiques lapons dans son système d’exploitation Windows XP depuis l’automne 2004.
A l’échelle de l’Europe, les projets liant plusieurs Etats ou institutions de plusieurs pays, parmi lesquels des membres du RIPC comme la France, l’Italie et le Royaume Uni, la Grèce sont nombreux. On peut citer des projets comme :
- Conservation Restauration Innovation Systems for image capture and digital Archiving to enhance Training, Education and lifelong Learning (CRISATEL), orienté vers la recherche et la restauration des objets de musées ;
- SCULPTEUR, une collaboration entre l’Université de Southampton et l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications de Paris ;
- le « Multilingual Inventory of Cultural Heritage in Europe( MICHAEL) » sur l’inventaire multilingue du patrimoine numérisé ;
- le « Ministerial Network for valorising Activities in Digitalisation (MINERVA) » qui formule des recommandations et des directives sur la numérisation ; ou encore,
- le Programme européen « eTen » (qui a pour but d’offrir des possibilités de recherches et un accès unique et multilingue à de nombreux portails nationaux de fonds culturels numérisés.
Des conflits linguistiques liés aux expressions linguistiques ont pu surgir comme en Belgique entre néerlandophones et francophones au cours du 20e siècle. Ces conflits ont été résorbés grâce aux réformes constitutionnelles successives octroyant l’autonomie à chacune de ces communautés. Au Mexique, un conflit né en Janvier 1994 entre le gouvernement et les peuples indigènes de la région de la forêt vierge Lancandon et des sommets du Chiapas a abouti à la révision de la Constitution enrichie d’un article instituant « le régime d’autonomie régionale dans les Etats de la Fédération composés de plusieurs ethnies » (en 1999). Au Brésil, l’implantation historique s’est faite sur la base de frictions interethniques et l’expropriation des populations indigènes a souvent créé des situations de tensions violentes.
En Estonie, pour prévenir les conflits, le gouvernement a adopté en 2000 un programme d’Etat sur l’intégration à la société estonienne pour la période 2000-2007. Au Burkina Faso et un peu partout sur la frange occidentale de l’Afrique les pratiques de la parenté et des alliances à plaisanterie constitue un moyen efficace de prévention des conflits et de régulation des tensions.
Mais la plus grave menace pesant sur le patrimoine culturel réside dans les conflits armés. « La guerre en Croatie et le processus de transition ont influé sur les musées de multiples façons : dommages matériels, destruction et vols des biens, diminution du nombre des membres du personnel et forte chute du nombre des visiteurs …». De telles situations avaient déjà inspiré à l’UNESCO l’adoption d’une Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (La Haye, 14 Mai 1954) à laquelle s’ajoutent des conventions du Conseil de l’Europe sur la protection du patrimoine archéologique, architectural…
Les Etats doivent garantir les moyens institutionnels et financiers pour la protection du patrimoine mais aussi pour le suivi des dispositions ; il s’agit de surveiller la mise en œuvre des mesures de conservation et de protection. La Croatie a, dans ce domaine, mis en place un organisme dénommé «Inspection de la Protection du Patrimoine culturel » chargé de superviser la mise en application des dispositions légales et l’exécution des mesures de conservation et de restauration des biens culturels.
Des insuffisances dans les stratégies de protection du patrimoine culturel sont imputables à la faible appropriation des nouvelles technologies. La fracture numérique exclue le grand nombre de l’accès à l’information culturelle La Grèce reconnaît accuser « un retard par rapport aux autres Etats membres de l’Union Européenne quant au développement d’une forte société de l’information ». Or, il serait souhaitable que la coopération internationale dont il a été question plus haut soit inscrite dans un environnement culturel homogène, à l’image du principe de l’ « égalité des chances » souhaité à l’intérieur des frontières nationales.
Le contexte de pauvreté et l’appât du gain ont hissé des préoccupations commerciales au dessus des réflexes de protection du patrimoine. Pour ce qui concerne la diffusion des oeuvres par exemple, on remarque une floraison de radios commerciales qui inhibent les initiatives utiles en matière d’information culturelle et d’éducation du public. De manière générale, les industries culturelles ne sont pas reconnues comme des investissements intéressants puisqu’elles ne sont pas dirigées vers le profit. Seuls quelques secteurs, comme le cinéma et la musique, échappent à cette indifférence.
La culture comme instrument de réduction des inégalités ou discriminations liées au genre, à la classe sociale, à la race à la profession, etc., intéresse également les pays membres du RIPC. La discrimination de genre est perçue comme un traitement défavorable des hommes et des femmes sur la base de leur sexe. A travers le monde, il est communément admis que ce sont surtout les femmes qui sont les plus touchées par cette inégalité de genre. Ce traitement différencié limite leur accès aux ressources et consacre le contrôle du pouvoir par les hommes au niveau du ménage, de la communauté et de l’Etat.
A travers les exemples fournis par les pays, il est possible d’étudier la prise en compte de la dimension genre dans les politiques culturelles et dans les matériaux indispensables à la protection et la promotion de la diversité culturelle ainsi qu’à la construction d’un développement durable excluant toute forme de discrimination liée au sexe. En mettant en relief certaines réponses, il est possible d’identifier les pratiques pertinentes qui peuvent servir de modèle pour des réformes futures dans les pays de RIPC. Après avoir rappelé le contexte de la naissance d’une réflexion sur la prise en compte du genre comme catégorie analytique dans les politiques et programmes, seront examinés la trajectoire historique et plurielle de cette institutionnalisation dans le monde et de son développement en relation avec l’évolution des luttes féministes, des réflexions sur le développment ainsi qu’avec le renouvellement des paradigmes et discours sur le genre. La troisième partie sera une analyse des différentes approches, stratégies et actions développées par les Etats (protection juridique, recherche fondamentale, éducation, formation, publication et communication) pour lutter contre la discrimination à l’égard des femmes et institutionnaliser le genre. En conclusion, les perspectives et recommandations en matière de genre au sein des Etats seront dégagées.
Les réflexions sur le genre ont été pendant longtemps influencé par les mouvements féministes occidentaux, préoccupés par des questions philosophiques, théoriques et méthodologiques propres aux réalités de leurs sociétés. C’est surtout à partir des années 80 que des femmes du sud (Afrique, Amérique Latine et centrale, Asie et Caraïbes) ont commencé à s’intéresser à l’analyse des rapports sociaux entre les sexes. Cet intérêt coïncide avec l’émergence du concept de genre qui permet de poursuivre la réflexion en dehors des présupposés biologiques et de prendre en compte la relation du masculin et du féminin dans la construction sociale des rapports de sexes. Ainsi les intellectuelles africaines, par exemple, ont initié une réflexion théorique participant à la décolonisation des approches trop occidentales du genre et à leur adaptation au contexte africain.
Cependant il fallait aller au-delà de la contestation féministe et mettre en place des mesures concrètes en faveur du sexe sous représenté ou discriminé. C’est dans cette perspective que la mise en place de cadres institutionnels de « l’intégration des femmes au développement » est matérialisée par la création de structures ministérielles: Ministère de la femme, Secrétariat d’État à la Condition Féminine, Women’s Bureau, etc.. Avec l’élaboration de politiques et d’actions en direction des femmes, dont la Décennie des Nations Unies pour la femme (1975-1985) a été le cadre, ces institutions sont renforcées par l’aide internationale et suppléées sur le terrain par les ONG pour sortir les femmes de leur état d’indigence matérielle, sociale, culturelle.
Au total, l’objectif à atteindre est un « développement durable » qui offrirait aux femmes une société plus juste, plus égalitaire, plus solidaire et plus démocratique. Le postulat implicite des discours à ce sujet est que l’« intégration des femmes au développement » se construit autour de l’équité et de l’égalité entre les sexes. C’est dans ce contexte historique, théorique et épistémologique qu’a été posée la question de l’institutionnalisation de la perspective genre et de son intégration dans tous les politiques et programmes des Etats.
La décennie des nations unies pour la femme (1975-1985) ouvre la voie à la légitimation de l’approche sur le genre et facilite la mise en place de lois et d’instruments juridiques au niveau international- la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toute forme de discrimination à l'égard des femmes de 1979)-et au niveau national. Mais c’est la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF/CEDAW), adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l'adhésion par l'Assemblée générale dans sa résolution 34/180 du 18 décembre 1979, qui constitue l’instrument juridique international le plus important pour la protection des intérêts spécifiques du sexe féminin.
En Europe plus spécifiquement, l’article 23 de la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union européenne énonce que « l'égalité entre les hommes et les femmes doit être assurée dans tous les domaines, y compris en matière d'emploi, de travail et de rémunération. Le principe de l'égalité n'empêche pas le maintien ou l'adoption de mesures prévoyant des avantages spécifiques en faveur du sexe sous représenté ».
Il a ainsi été recommandé aux Etats membres du Conseil de l’Europe de prendre des mesures préventives contre le harcèlement sexuel au travail et ses conséquences, qui portent atteinte aux principes de dignité et d'égalité.
La stratégie communautaire actuelle, définie par la Commission en 2000, est basée à la fois sur l’intégration de la dimension de genre dans toutes les politiques et actions communautaires (« gender mainstreaming ») et sur la définition d'actions spécifiques en faveur des femmes pour éliminer les inégalités structurelles persistantes. La création du Comité consultatif de l'égalité des chances entre les femmes et les hommes dès 1982 offres un cadre institutionnel de vérification de la promotion de l'égalité des chances. A partir de 1996, une approche transversale du genre dans toute action communautaire, régionale et nationale est recommandée à l’ensemble des Etats composant la Communauté européenne. C’est dans cette perspective qu’a été adoptée le 14 avril 2000 l'initiative EQUAL, qui a pour but de favoriser la collaboration entre les Etats membres en vue de mettre en place de nouveaux moyens pour lutter contre toutes les formes d'exclusion, de discriminations et d'inégalités sur le marché du travail.
Dans les Amériques, l’organisation des Etats Américains est l’une des premières organisations internationales et régionales à élaborer des mécanismes juridiques pour la promotion des droits des femmes. La convention de la nationalité des femmes -The Convention of the Nationality of Women-, signée à la septième conférence internationale des Etats américains, organisée en décembre 1933, fut le premier traité dans l’histoire qui s’oppose à toute discrimination fondée sur le sexe et sur la nationalité, dans les pratiques et législations. La convention Interaméricaine sur la prévention, la punition, et l’éradication de la violence contre les femmes-« The Inter-American Convention on the Prevention, Punishment, and Eradication of Violence Against Women »- ou “Convention of Belém do Pará.”, qui a pris effet le 5 mars 1995, est devenue un instrument de référence dans la lutte contre la violence fondée sur le sexe. Elle s’appuie sur la coopération des Etats membres pour développer les mécanismes, les politiques, les programmes, et les plans nécessaires afin d’empêcher, punir, et supprimer la violence contre des femmes.
Concernant le continent africain, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1986), ne fait mention des femmes que dans ses alinéas. Certes l’article 2 de la charte culturelle de l’Union africaine, adoptée et ratifiée en septembre 1990, fait de « l’accès de tous les citoyens à l’éducation et à la culture » un de ses objectifs principaux. Mais c’est uniquement sous la pression des féministes qu’un protocole relatif aux droits des femmes a été rajouté à la charte. D’autres dispositions juridiques appropriées de promotion et de garantie de droits économiques, sociaux et culturels ont été adoptées, pour une mise en pratique de l'égalité de droit.
D’une manière générale, toutes les réponses données par les pays du RIPC s’accordent sur la nécessité de programmes de promotion des femmes, visant la valorisation de leur statut social, mais aussi le renforcement de leurs droits au niveau économique, social, politique et culturel. Dans les pays ayant répondu, les politiques concrètes d’accès des femmes à la culture semblent relativement récentes. Il faut aussi revenir sur l’un des acquis les plus importants de l’année internationale des femmes (1975) et de la décennie des nations unies pour les femmes (1975-1985) à savoir la création, au niveau des gouvernements ou de la haute administration, de mécanismes nationaux appelés Ministère, Secrétariat d’Etat, Commission des femmes, ou même de Directions chargés de la promotion de la femme. La majorité des pays les ont adoptés comme stratégie principale dans l’orientation des interventions en matière de culture.
Il existe néanmoins des spécificités selon les pays dans la conception de l’égalité des sexes.
Pour la France notamment, le combat contre toutes les discriminations à l’égard des femmes ne trouve de solutions que dans la parité entre les deux sexes. C’est ainsi que ce pays, convaincu que pareils moyens pourront « favoriser l’accès de tous à la culture et à la pratique artistique…», a élaboré des «outils législatifs favorisant la parité homme - femme, … facilitant l’accès au droit avec la création de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité ». En Grèce, « la participation égale des femmes à la vie publique, professionnelle, sociale et culturelle est reconnue comme un objectif politique général depuis les années 80 ». Les mesures d’applicabilité de ce principe sont placées sous l’autorité d’ « un secrétariat général pour l’égalité (des sexes) …sous la gouverne du ministère de l’intérieur »
Dans un pays de l’Amérique Latine comme le Brésil, le code civil a été réformé es 2001 pour éliminer les lois discriminatoires envers les femmes et leur reconnaître les mêmes droits que les hommes. Par ailleurs, la constitution interdit l'inégalité de rémunération fondée sur le sexe. Une Secrétaire spéciale pour les questions des femmes du Brésil est nommée et travaille en étroite collaboration avec le Secrétariat pour la promotion de l'égalité raciale, création due au constat que les femmes noires souffraient plus de discrimination raciale et sexuelle.
Quant au Mexique, il dispose d’une loi fédérale sur la prévention et l’élimination de la discrimination, sanctionnée par le Congrès le 11 avril 2003. Et dans le domaine de la culture, c’est le Conseil national pour la culture et les arts (CONACULTA) par l’intermédiaire de l’Institut national des Beaux-arts (Instituto Nacional de Bellas Artes — INBA) qui est chargée de mettre en place des mesures de promotion de la femme.
En Asie, en République populaire de Chine, les principes fondamentaux de la législation concernant les femmes consacrent l'égalité des droits entre homme et femme. La Constitution de Chine stipule clairement que " La femme jouit de droits égaux à ceux de l'homme dans tous les domaines de la vie politique, économique, culturelle, sociale et familiale." En 1992, ce pays a promulgué et mis en application la " Loi de la République populaire de Chine sur la protection des droits et intérêts des femmes" . Cette protection consiste à prendre des dispositions législatives pénalisant tout traitement discriminatoire fondé sur le sexe, toute violence ou persécution à l’égard des femmes.
En Afrique, les exemples du Sénégal et de l’Afrique du sud illustrent bien le caractère différencié du traitement de la question des droits de la femme.
En Afrique du Sud, la situation des femmes a rapidement évolué à partir de l’adoption en 1996 de la nouvelle constitution qui faisait de ce pays une démocratie unie, non raciale et non sexiste. Après avoir souffert du statut servile sous les lois de l’apartheid et de la tradition patriarcale, les femmes sud-africaines accèdent à la pleine citoyenneté à la fin du régime raciste. Ce changement pour les femmes se traduit par une politique de promotion volontariste du gouvernement, avec l’élaboration d’une série de lois et de mécanismes destinés à les protéger juridiquement.
Le Sénégal a ratifié la plupart des conventions, résolutions et recommandations destinées à améliorer la condition des femmes. Ainsi les actions du gouvernement sénégalais s’inspirent-elles des stratégies définies par la Décennie des Nations Unies pour la Femme à Mexico (1975), à Copenhague (1980), à Nairobi (1985) et enfin à Beijing (1995).
Le gouvernement affiche également une volonté d’application effective de la Convention pour l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF/CEDAW) qu’il a ratifiée en mai 2001. Par ailleurs l’Etat a révisé certaines dispositions de la Constitution, du Statut de la fonction publique et des différents codes en vigueur : Code de la famille, Code du travail, Code de la sécurité sociale, Code foncier, Code général des Impôts, Code de la Nationalité et Code de l’Environnement en ayant une approche genre. Ainsi certains des articles-clés de la constitution précisent « l’homme et la femme » tout en prenant en considération les discriminations à l’égard des femmes. Des mesures de protection sont prises contre les violences faites aux femmes, notamment avec l’interdiction des mutilations génitales féminines, pénalisées depuis février 1999. L’article 7 de la nouvelle constitution stipule que « tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité, au libre développement de sa personnalité, à l’intégrité corporelle notamment à la protection contre toutes les mutilations physiques ». L’article 8 reconnaît aux femmes les droits civils, politiques, sociaux et culturels. Ces droits sont confortés par l’article 17 où « l'État garantit aux familles en général et en particulier à celles vivant en milieu rural, notamment aux femmes, le droit à l’allégement de leurs conditions de vie et l’accès à la santé et au bien-être ». En matière d’éducation qui est déjà un droit reconnu, le nouvel art. 22 précise que « tous les enfants, garçons et filles, en tous lieux du territoire national ont le droit d’accéder à l’école ». Par ailleurs le code civil de la famille présente des dispositions favorables qui assurent la protection contre le mariage forcé ou précoce, le divorce arbitraire, l'équité dans l'héritage pour les veuves, l'abandon conjugal, l'obligation du conjoint d'entretenir la famille.
Les réponses apportées au rapport genre et diversité culturelle révèlent, après la protection juridique, d’autres stratégies d’intégration de la perspective genre dans les pratiques culturelles :
- l’égalité d’accès à la culture, l’information, la sensibilisation, l’éducation et la communication ;
- l’égale accessibilité à la vie culturelle ;
- l’alphabétisation généralisée des femmes surtout dans les pays du Sud où le taux d’analphabétisme des femmes est le plus élevé ;
- les stratégies de promotion et de diffusion des œuvres artistiques des femmes le financement de projets culturels ou de la recherche sur les questions de genre;
- les actions en information, plaidoyer et sensibilisation pour un changement des mentalités et
- des pratiques traditionnelles discriminantes à l’égard des femmes.
Les programmes et les politiques de promotion de la femme restent, même en cas de reconnaissance formelle des droits, insuffisants, notamment dans le domaine de la culture. A l’exception du Mexique, les pratiques juridiques des pays ne paraissent pas mettre en avant les droits relatifs à la culture. De manière générale les objectifs des politiques culturelles ne prennent pas en considération les besoins spécifiques des femmes, ce qui fait craindre une absence de prise en charge budgétaire.
l’évaluation et le suivi de l’application du principe d’égalité des sexes dans les
établissements culturels restent insuffisants
L’on note chez les pays des difficultés à évaluer si l’intégration du genre dans les politiques culturelles a entraîné des modifications profondes dans la position des femmes dans le monde des arts. En Suède, même si « tous les établissements culturels nationaux sont tenus de rédiger un rapport annuel des réalisations visant à assurer une plus grande égalité entre les hommes et les femmes,[ les] commissions d’Etat cherchent présentement à savoir de quelle manière les questions fondées sur le sexe peuvent être plus visibles dans les musées et dans les établissements de danse, de musique et de théâtre… [ainsi que] dans l’industrie du film. »
- la persistance des inégalités de sexes
L’examen des contrastes entre le statut juridique des femmes dans les différents pays du RIPC et leur vécu réel révèle la persistance des inégalités entre les hommes et les femmes. Ainsi pour la Suisse, s’il n’y a pas d’un point de vue théorique de discrimination de sexe dans les études et dans l’exercice des professions. Mais « toutefois, pour ce qui concerne l’égalité de traitement et les opportunités d’être engagé, des différences subsistent dans la vie réelle. »
- la persistance des pratiques cultures traditionnelles et des stéréotypes sexistes
Même si aucun pays n’a fait allusion dans ces réponses aux coutumes qui contribuent à la discrimination du sexe féminin, des pratiques traditionnelles régissent souvent des domaines importants pour les femmes tels que le mariage, le divorce, l’héritage.
- le faible accès des femmes aux instances de pouvoir et de décision
Les femmes, souvent exclues des instances de pouvoir ou sous représentées dans les sphères de prise de décision (exécutif, législatif, collectivités de base, organisation syndicale et patronale), n’ont pas les moyens de faire valoir leurs droits.
- le faible pouvoir économique des femmes
Le faible pouvoir économique des femmes réduit leur participation à certaines activités culturelles.
- la méconnaissance des droits de la femme
La méconnaissance, par les hommes et les femmes, des dispositions relatives aux droits de la femme, la complexité des procédures juridiques, ainsi que l’absence d’organe de contrôle et d’alerte sur le respect des droits fondamentaux reconnus à la femme, sont autant de facteurs qui favorisent la marginalisation des femmes dans leur accès au savoir et à la culture.
L’étude des réponses au questionnaire nous a permis, d’une manière générale, et plus spécifiquement concernant la question genre, de mettre en exergue quelques-unes des meilleures pratiques au sein du RIPC en matière de promotion de la diversité culturelle.
Partant de nos analyses nous voulons maintenant, après avoir formulé un certain nombre de recommandations, tracer quelques axes de coopération entre les pays membres pour une stratégie harmonisée de protection de la diversité culturelle dans un objectif de renforcement de la cohésion sociale pour le développement durable.
- Accroître l’accessibilité des femmes aux événements et établissement culturels ;
- Accroître leurs capacités de production et lutter contre la précarité des actrices culturelles ;
- Favoriser l’accès des femmes aux nouvelles technologies et aux métiers d’art généralement réservés aux hommes ;
- Favoriser l'accès des femmes aux instances de décision ;
- Fournir un forum de discussions des questions de genre en rapport avec la culture ;
- Familiariser les femmes avec les dispositions législatives en leur faveur ;
- Apporter un soutien financier aux études et recherches sur les questions de genre et de diversité culturelle ;
- Renforcement et diversification des publications sur le genre et de leur dissémination à travers le monde ;
- Création au sein du RIPC d’une Cellule d’évaluation et de coordination des politiques sur le genre ;
- Favoriser une coopération nord/sud pour une meilleure approche de l’intégration de la perspective genre
VIII.2. Recommandations pour la promotion de la diversité culturelle en vue d’assurer la cohésion sociale et le développement durable
- Sauvegarder le Patrimoine culturel matériel et immatériel
Le patrimoine archéologique et architectural, le patrimoine culturel mobilier et le patrimoine culturel immatériel, ainsi que les lieux de mémoire, doivent continuer à bénéficier de dispositions juridiques et administratives de protection.
La sauvegarde des éléments du patrimoine culturel matériel et immatériel, mériterait des mécanismes pertinents de coopération entre les pays membres du Réseau International sur la politique culturelle (RIPC). Par exemple, les pays ouest africains, devraient pouvoir partager les atouts de la parenté ( ou le cousinage) à plaisanterie.
Il s’agit d’un type relationnel d’ordre mythique qui fait obligation d’assistance mutuelle, entre « parents », et surtout celle de ne pas se fâcher. En cas de tension, la découverte d’une relation de cousinage dissipe immédiatement tout malentendu. Les correspondances appelant au respect du cousinage à plaisanterie relèvent de l’héritage culturel immatériel et se trouvent à plusieurs niveaux.
- Promouvoir les arts et les artistes
La création de réseaux mettant en synergie l’action d’organisateurs, d’ONGs, de groupes d’artistes et de personnes-ressources, dans la promotion de la coopération interculturelle des arts et de la culture. La Norvège, pourrait à ce sujet faire profiter, surtout les pays du Sud de l’expertise de son réseau DSV.
- Assurer une coopération accrue entre les médias
Comme le souligne la Belgique, « Ce sont les radiodiffuseurs de service public, qui sont amenés à jouer un rôle dans l’éducation à la Culture». Aussi nous paraît-il utile de développer au sein du RIPC, des mécanismes de coopération, et des projets communs à l’exemple de la chaîne de télévision franco – allemande ARTE, à vocation culturelle.
- Coopérer dans le développement des industries et entreprises culturelles
En matière d’industries culturelles, la France offre un exemple d’ouverture aux autres pays, avec le Festival de Cannes, et de soutien à la production : avance sur recettes, Fonds Sud et aide aux films en langue étrangère
D’une manière générale, il nous paraît important, pour le RIPC, de renforcer la visibilité des stratégies de coordination des politiques culturelles, après les efforts préalables d’harmonisation. A cet égard les Ministres pourraient intégrer parmi leurs sujets de discussion les questions suivantes :
- Comment exploiter au maximum les opportunités qu’offre la Convention sur la promotion de la Diversité des expressions culturelles :
– aux politiques de renforcement de la cohésion sociale aussi bien au niveau national que dans le cadre de la coopération internationale ?
– à la coopération intra-RIPC, pour l’exploitation du potentiel économique du patrimoine culturel en tant que facteur de développement durable ?
- Comment assurer une meilleure organisation et responsabilisation, de la société civile ainsi que la mise en réseau efficace de ses structures aux niveaux national et international ?
- Quels axes explorer pour améliorer :
– le développement de la coopération institutionnelle ?
– le renforcement de la coopération décentralisée ?
- La création d’un observatoire du RIPC, sur l’harmonisation et la coordination des politiques culturelles est-elle utile ?
L’Etude du Sénégal sur « Diversité culturelle, cohésion sociale et développement durable » a été préparée par une équipe de chercheurs et experts, mis en place par Ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé, coordonnée par:
M. Moustapha TAMBADOU, titulaire d’une Maîtrise en Lettres modernes de l’Université de Dakar et d’un Doctorat es Lettres de l’Université de Franche-Comté- Besançon (France). Ancien Directeur(1983-2001) de la Rédaction de la revue Ethiopiques, il est l’auteur de nombreuses études littéraires et sur les questions culturelles publiées dans des revues scientifiques. Il a coordonné l’organisation de colloques et forums internationaux ainsi que la publication d’ouvrages collectifs. Expert en politiques et stratégies culturelles, et en développement de l’industrie créative, Moustapha Tambadou est actuellement Conseiller Technique au Ministère de la culture et du Patrimoine historique classé.
Le Professeur Hamady BOCOUM, Docteur es Lettres en Préhistoire et archéologie et chercheur auprès de l’Institut Fondamental d’Afrique noire Cheikh Anta Diop(IFAN-CAD).Il est l’auteur de publications scientifiques réputées sur la sauvegarde et la valorisation du Patrimoine culturel, matériel et immatériel, de l’Afrique. M ; Bocoum est Directeur du Patrimoine culturel au Ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé
et comprenant :
Mme Ndeye Sokhna GUÈYE, archéologue, ethnoarchéologue et spécialiste en céramologie. Elle est titulaire d’une Maîtrise en préhistoire de l’Université de Dakar(Sénégal) et d’un Doctorat es Lettres de l’Université de Paris X Nanterre.
Elle est l’auteure de nombreuses études et articles, notamment sur l'artisanat céramique dans ses rapports avec la mondialisation et la question genre. Les recherches et écrits en cours du Dr Guèye portent sur la question des musées et de la sauvegarde du patrimoine culturel africain Docteur Ndèye Sokhna Guèye est actuellement Coordinatrice du Programme SEPHIS (Programme d’échanges Sud-Sud pour le Développement de la recherche en Histoire) au CODESRIA (Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique).
M. Alioune BADIANE, Artiste et enseignant de profession mais aussi critique d’art. Il est actuellement Directeur des Arts. Il a eu à occuper plusieurs fonctions au sein du Ministère de la Culture, depuis 1981. Tantôt successivement, tantôt cumulativement, ces fonctions ont eu à associer le nom de M. Alioune BADIANE à bien des études, des réflexions, des recherches et des actions de politique culturelle.
Le Professeur Yousssouph Mbargane GUISSE, chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire Cheikh Anta Diop de l’Université de Dakar, où il est Chef du Département des Sciences humaines. Socio anthropologue, il s’intéresse aux aspects socioculturels du développement des sociétés africaines. Il a publié de nombreux ouvrages et articles scientifiques sur les problèmes actuels, les changements sociaux et culturels qui affectent la jeunesse, la famille, les travailleurs. Il a été expert pour l’évaluation de politiques culturelles de population au niveau du Sénégal et de la sous-région.
M.Aliou LY, professeur de lettres et ancien député à l’Assemblée nationale du Sénégal. M.Ly est actuellement Chef de la Division Culture au Secrétariat général de la Commission nationale du Sénégal pour l’UNESCO.
Le professeur Oumar NDAO, Assistant au Département de Lettres Modernes de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar. Il est spécialisé dans la littérature comparée, la littérature africaine, les littératures maghrébines et l’analyse du discours. Auteur dramaturge, il a écrit et mis en scène Hôtel de la Paix (1992) Grand-Dakar Usine (1995) Feu rouge (1998) et des scénarios du « Spectacle Son et Lumière »du Ministère de Culture et du Patrimoine historique classé. Ancien Secrétaire général du Syndicat national des acteurs culturels (SYNAC) M. NDAO est Directeur artistique de la Troupe « Faro théâtre ».
Toute l’équipe adresse ses remerciements les plus chaleureux à Madame Katerina Stenou Directrice, Division des politiques culturelles et du dialogue interculturel, UNESCO, et Mesdames Julie Boyer et Giuliana Natale, Bureau de liaison du RIPC, pour leur éminente contribution.
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