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Accueil: Réunions annuelles: 2002: La diversité culturelle et les médias
Réunions annuelles

Rapport final de l'Équipe spéciale chargée des recherches sur les questions relatives aux médias

La diversité culturelle et les médias

Dans la société moderne, les médias jouent un rôle important dans la vie quotidienne des gens. À bien des égards, les médias font le lien entre diverses dimensions de la société, comme la politique, les affaires sociales, la vie culturelle et l'économie. Au cours d'une journée, on peut consacrer plusieurs heures à l'utilisation de divers médias : lire des journaux, regarder la télévision, des films ou des vidéos, écouter la radio, naviguer sur Internet ou jouer à un jeu sur ordinateur. En fait, les gens consacrent de plus en plus de temps à ces médias. Puisque les médias sont, dans une large mesure, porteurs d'œuvres culturelles, ils doivent figurer au programme des discussions sur la diversité culturelle et la mondialisation.

La diversité et le pluralisme dans les nouvelles et la formation de l'opinion sont eux aussi essentiels à la société démocratique d'aujourd'hui. Ils constituent la base de tout débat ouvert, voire le fondement de la démocratie; c'est pourquoi l'on ne peut pas considérer le marché des médias sur le même plan que les autres marchés, car il représente une nécessité pour la société démocratique. C'est pour cela que ce marché reçoit un traitement différent à maints égards et les conditions d'exercice de la liberté d'expression et du libre échange d'opinion, qui nous permettent d'exprimer nos idées et nos valeurs et d'en débattre, sont prévues dans des conventions internationales et la constitution de plusieurs nations.

En outre, le secteur des médias a une grande valeur économique, qui s'est considérablement accrue durant la dernière décennie. Ce n'est toutefois pas cet aspect qui lui confère principalement son importance pour la société, mais le rôle que ce secteur joue dans le processus démocratique et, dans un sens plus large, dans les domaines linguistique et culturel. La société démocratique supposant l'existence d'un contenu médiatique varié, il serait certainement préjudiciable à la formation d'opinions libres que des particuliers ou de petits groupes de propriétaires de médias occupent une position trop dominante parmi les entreprises médiatiques, du moins lorsqu'il est question de médias ayant un grand impact auprès de la population.

L'organisation et la structure du secteur des médias est très complexe. Chacune des différentes composantes - démocratique, culturelle, sociale et économique - présente d'autres différences, auxquelles s'ajoutent celles des structures nationales. Il ne serait donc pas possible de couvrir tous les angles du secteur des médias dans le présent article. Cependant, la discussion sur la concentration de la propriété dans le secteur des médias peut porter sur deux sujets principaux : d'une part, la question de l'accessibilité aux médias et de leur distribution et, d'autre part, celle du contenu médiatique comme tel. Évidemment, ces questions sont reliées; il semble cependant pratique de les séparer aux fins de la présente discussion.

Au cours de la dernière décennie, la structure du marché des médias a changé. Les entreprises médiatiques sont devenues plus organisées " verticalement ", ce qui signifie qu'une société ou une alliance de sociétés contrôle chacune des étapes de la chaîne de production du contenu médiatique. Ce phénomène est fréquent en ce qui concerne les nouvelles technologies. La structure du secteur des médias est aussi devenue plus " horizontale ", ce qui signifie qu'une société ou un groupe d'entreprises contrôle plusieurs produits de même type. Cela aurait apparemment un effet de synergie positif.

L'évolution des choses a conduit à une situation où un petit groupe de grandes entreprises détient une position très forte sur le marché mondial des médias qui sont offerts aux distributeurs et, parfois, sur différents marchés nationaux. Dans d'autres cas, ces conglomérats de médias n'ont peut-être pas une position aussi forte que celle d'un joueur unique à l'échelle nationale, mais ils ont tout de même un impact important dans la mesure où ils exportent du contenu médiatique. Il n'est pas rare qu'un nombre restreint d'opérateurs nationaux, voire un seul, contrôle la distribution des chaînes où abonde le contenu médiatique produit par les grosses sociétés.

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Le premier sujet mentionné plus haut soulève la question suivante : la concentration de la propriété dans les entreprises médiatiques a-t-elle un effet négatif sur les systèmes de distribution et affecte-t-elle l'accessibilité qu'a le public aux médias? Cette question dépend en grande partie des conditions du marché, comme les règles de la concurrence et les systèmes de financement, et se pose à la fois au plan national et international. On peut facilement supposer qu'un joueur qui dominerait le marché des médias, qu'il soit fournisseur de contenu, de plates-formes de distribution ou des deux à la fois, réduirait la diversité du contenu médiatique, compte tenu surtout de la structure horizontale et verticale des entreprises.

Quelques exemples peuvent illustrer cette situation. Si une société fait l'acquisition d'un autre réseau de câblodistribution et que ses nouveaux propriétaires modifient sur-le-champ la gamme des chaînes offertes - c'est-à-dire qu'ils remplacent des chaînes de variétés et de sports par d'importantes chaînes d'information - il y a certainement réduction de la diversité, d'un point de vue démocratique. On pourrait également citer comme exemple celui des distributeurs de plates-formes qui retirent délibérément des chaînes d'intérêt général de leur plate-forme de distribution. Cela veut dire que certaines chaînes ne sont désormais plus accessibles qu'aux seuls abonnés d'un système de distribution en particulier et que ceux-ci sont coincés dans ce système. Dans une certaine mesure, des règles obligeant les distributeurs à transmettre ou à offrir certaines chaînes permettent de résoudre ces problèmes. De telles dispositions doivent cependant tenir compte des conditions du marché de la distribution et du droit des distributeurs de choisir ce qu'ils diffusent.

Au fur et à mesure que progressent les technologies appliquées au marché des médias et qu'apparaissent de nouveaux genres de plates-formes de distribution, les décideurs ont tout intérêt à s'assurer que les solutions techniques soient dorénavant ouvertes autant que possible à toutes sortes de contenu médiatique de façon à produire un paysage médiatique au contenu varié.

Quant au second sujet (concernant la diversité culturelle, la concentration de la propriété et le contenu médiatique comme tel), nombreux sont ceux qui affirment que le marché des médias n'a jamais été aussi varié qu'aujourd'hui et que le public n'a jamais autant eu accès à du contenu médiatique. Non seulement les médias seraient plus accessibles, mais le public aurait à sa disposition plus de moyens qu'auparavant d'exercer concrètement sa liberté d'expression et sa créativité artistique.

Ce raisonnement est en partie fondé, puisqu'il existe de nombreuses nouvelles façons de recevoir du contenu médiatique ou de se faire entendre par l'entremise des médias. Dans les faits cependant, ce n'est pas nécessairement le cas, car souvent le contrôle des réseaux de distribution et du contenu repose entre les mains de quelques entreprises. Les médias de masse traditionnels - la télévision, la radio et les journaux - demeurent ceux qui ont le plus de poids et nécessitent le plus de temps. Par ailleurs, les nouveaux choix offerts ne créent pas nécessairement une situation où le contenu médiatique le plus important se trouve plus diversifié. Ce n'est pas parce qu'on nous offre plus de chaînes de télévision ou plus de stations radio qu'auparavant que le contenu qu'elles nous proposent est particulièrement varié. Le fait est, par ailleurs, que les facteurs qui priment avant tout pour les fournisseurs de contenu dans la prise de décision, sont les intérêts commerciaux, ce qui semble toujours entraîner encore plus de conformité.

Il y a dix ans, la Suède a créé un système pour la radio commerciale locale qui visait à offrir au public le paysage radiophonique le plus varié possible, tant sur le plan de la propriété que sur celui du contenu. On s'est toutefois vite rendu compte qu'aucun de ces deux objectifs ne serait atteint. En l'espace de quelques années, le marché a constitué un paysage radiophonique où évoluaient des joueurs et des propriétaires forts mais très peu nombreux. Les stations de radio souhaitant diffuser autre chose que ce qu'on appelle de la " musique contemporaine pour adultes " ont rapidement disparu du marché. De plus, on a récemment établi que le contenu des stations de radio commerciales est devenu plus limité au fil des ans : elles font passer moins de titres, choisissent ceux qui sont en tête du palmarès et les font jouer de plus en plus souvent. Il n'est donc pas étonnant que les autres genres musicaux et la musique locale, régionale ou propre à diverses cultures aient du mal à rejoindre de vastes auditoires. Il n'est pas exagéré de dire qu'en dépit de l'existence d'un plus grand nombre de stations, le contenu radio ne s'est pas diversifié, mais s'est plutôt uniformisé.

Il est donc de la plus haute importance que la responsabilité d'assurer un contenu médiatique abondant et varié incombe à l'ensemble de la société. Et pour la société politique, il est tout particulièrement important de suivre de très près l'évolution du secteur des médias et de chercher des solutions et des conditions favorables à la fois au grand public et au secteur des médias. Si ce travail est bien fait, il y a de bonnes chances que les valeurs démocratiques de la société soient maintenues.

Dans ce contexte, les questions qui suivent pourraient servir de point de départ à une discussion plus poussée sur la diversité culturelle et les médias, à Cape Town.

  1. Quelles expériences d'intérêt général avez-vous en matière de propriété des médias et de diversité du contenu médiatique?

  2. En gardant à l'esprit la discussion sur la diversité culturelle et le contenu médiatique, selon vous, quelle évolution connaîtra le secteur des médias?

  3. Comment la mondialisation peut-elle contribuer à l'accroissement de la diversité dans les médias et à l'échange de produits culturels et médiatiques?

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